Dr Najib AbakkaDr Najib AbakkaUrologue à Rabat
andrologie•Temps de lecture : 6 min

Prothèse pénienne : retrouver une érection en cas de dysfonction érectile sévère

Lorsque les traitements médicamenteux de la dysfonction érectile ne suffisent plus ou sont contre-indiqués, la prothèse pénienne permet de retrouver une rigidité à la demande. Il s'agit d'un dispositif implanté dans la verge, actionné par le patient au moment du rapport. La sensibilité, l'orgasme et l'éjaculation ne sont pas modifiés par l'implant. L'indication réelle est posée en consultation, après un bilan complet et une discussion des attentes.

Dr Najib Abakka

Dr Najib Abakka

Chirurgien Urologue à Rabat

Schéma d'une prothèse pénienne gonflable implantée, avec ses éléments légendés

Schéma d'une prothèse pénienne gonflable en trois pièces : cylindres, réservoir et pompe.

Quand envisager une prothèse pénienne ?

La prothèse s'adresse aux hommes présentant une dysfonction érectile sévère et persistante, lorsque les autres traitements ont échoué, sont mal tolérés ou contre-indiqués : inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (comprimés), injections intracaverneuses, dispositif à dépression (vacuum). Elle concerne notamment les suites de chirurgie prostatique, le diabète avec atteinte vasculaire ou nerveuse, la maladie de La Peyronie associée à une dysfonction érectile, les séquelles de priapisme ou de traumatisme, et certaines atteintes vasculaires ou neurologiques. Avant toute décision, une consultation évalue l'histoire de la maladie, les traitements déjà essayés, l'état général, la qualité des tissus et les attentes du patient, souvent en associant la partenaire. La prothèse est une solution définitive : une fois implantée, le tissu érectile est altéré et un retour aux traitements médicamenteux n'est généralement plus possible. C'est pourquoi elle est proposée en dernier recours, après échec documenté des autres options.

Les deux types de prothèses

Il existe deux grandes familles de prothèses. La prothèse semi-rigide (ou malléable) est constituée de deux tiges placées dans les corps caverneux : la verge reste en permanence semi-rigide, et le patient la positionne manuellement pour le rapport ou au repos. Elle est simple, robuste, sans pièce mécanique, et ne demande aucune manipulation complexe. La prothèse gonflable, le plus souvent en trois pièces, reproduit le mieux le fonctionnement naturel : deux cylindres dans les corps caverneux, une pompe placée dans le scrotum et un réservoir de sérum physiologique placé près de la vessie. Au repos, la verge est souple ; en pressant la pompe, le patient remplit les cylindres et obtient la rigidité, puis un mécanisme permet le dégonflage. Une version en deux pièces existe pour certains cas particuliers. Le choix entre ces modèles dépend de l'anatomie, de la dextérité manuelle, des antécédents chirurgicaux et des préférences du patient, discutés en consultation.

Le bilan avant l'intervention

La consultation préopératoire précise la cause de la dysfonction érectile, les traitements déjà essayés et leur tolérance, les antécédents (diabète, chirurgie pelvienne, radiothérapie, infections), les traitements en cours (notamment anticoagulants) et l'état cutané et urinaire. Un examen clinique évalue la verge, les corps caverneux et les testicules. Des examens complémentaires peuvent être demandés selon le cas (échographie-Doppler pénien, bilan biologique). Le diabète doit être équilibré et toute infection traitée avant l'implantation, car l'infection de la prothèse est la complication la plus redoutée. Le patient est informé du caractère définitif de l'implant, de la longueur obtenue (déterminée par la mesure peropératoire des corps caverneux, sans gain de longueur), du déroulement et des risques, afin que la décision soit prise en connaissance de cause.

Le déroulement de l'intervention

L'intervention se déroule au bloc opératoire, sous anesthésie générale ou rachianesthésie. L'abord se fait le plus souvent par voie péno-scrotale, parfois par voie infrapubienne. Le chirurgien ouvre les corps caverneux, les dilate, mesure leur longueur, puis place les cylindres ; pour une prothèse gonflable, la pompe est positionnée dans le scrotum et le réservoir près de la vessie. Les prothèses actuelles sont le plus souvent imprégnées d'antibiotiques pour réduire le risque infectieux. Une sonde urinaire est généralement laissée en place brièvement. L'hospitalisation est généralement brève, avec une antibioprophylaxie et un traitement antalgique.

Les suites et la reprise

Les suites habituelles associent douleurs modérées, œdème et parfois un hématome scrotal ou pénien, qui régressent en quelques jours à quelques semaines. Les soins de plaie et l'hygiène locale sont expliqués avant la sortie. Les rapports sexuels sont différés le temps de la cicatrisation. Pour une prothèse gonflable, une consultation d'activation est prévue à ce stade : le patient apprend à gonfler et dégonfler le dispositif, jusqu'à manipuler la pompe avec aisance. La reprise du travail dépend de l'activité physique exercée. Un suivi régulier est organisé pour vérifier la cicatrisation, le bon fonctionnement et la satisfaction.

Résultats attendus

La prothèse apporte une rigidité suffisante pour la pénétration, à la demande, sans délai d'action médicamenteuse. La sensibilité de la verge, la capacité d'orgasme et l'éjaculation sont conservées, car l'implant ne touche ni les nerfs sensitifs ni les voies de l'éjaculation. La longueur de la verge en érection correspond à la mesure des corps caverneux : il n'y a pas d'allongement, et une sensation de raccourcissement est parfois rapportée, à discuter avant l'intervention. Les études publiées rapportent des taux de satisfaction élevés chez les patients et leurs partenaires. Le dispositif ne modifie pas le désir sexuel, qui dépend d'autres facteurs.

Risques et alternatives

Les risques comprennent l'infection de la prothèse (faible avec les dispositifs imprégnés d'antibiotiques), l'érosion ou l'extrusion d'un élément, la panne mécanique nécessitant une révision, l'hématome, les douleurs persistantes et les risques liés à l'anesthésie. En cas d'infection, le retrait du dispositif est généralement nécessaire, avec une réimplantation différée possible. La panne mécanique peut survenir avec le temps ; une réintervention permet alors le plus souvent de remplacer tout ou partie du dispositif. Les alternatives à discuter avant toute implantation sont les comprimés, les injections intracaverneuses, le vacuum, la prise en charge psychologique ou sexologique associée, et, dans des cas très sélectionnés, la chirurgie de revascularisation. Aucune de ces options n'est définitive au sens de l'implant.

Questions fréquentes

Questions fréquentes

Est-ce que je ressentirai encore du plaisir ?

Oui. La prothèse ne modifie ni la sensibilité de la verge, ni l'orgasme, ni l'éjaculation. Seule la rigidité est apportée par le dispositif.

L'érection a-t-elle l'air naturelle ?

Avec une prothèse gonflable, la verge est souple au repos et rigide après activation de la pompe, ce qui se rapproche du fonctionnement naturel. Avec une prothèse semi-rigide, la verge reste en permanence semi-rigide et doit être positionnée manuellement.

Combien de temps dure une prothèse ?

La durée de vie mécanique varie selon le modèle et l'usage ; une panne peut survenir après plusieurs années et nécessiter une réintervention de remplacement.

Pourrai-je uriner normalement ?

Oui, la prothèse n'agit pas sur les voies urinaires et ne modifie pas la miction.

Que se passe-t-il en cas d'infection ?

L'infection impose généralement le retrait du dispositif et un traitement antibiotique, puis une réimplantation peut être discutée à distance, une fois l'infection guérie.

La prothèse est-elle visible ?

Non, le dispositif est entièrement implanté. La pompe d'une prothèse gonflable est palpable dans le scrotum, mais elle n'est pas visible.

Y a-t-il une limite d'âge ?

Non, il n'y a pas de limite d'âge en soi : ce sont l'état général, la qualité des tissus et la capacité à manipuler le dispositif qui comptent.

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